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Running out of Time 2 - Poursuite Immobile

En 1999 sortait Running out of Time, thriller policier de Johnnie TO dans lequel un infortuné négociateur (Lau Ching-Wan) se voyait harcelé par un criminel condamné à mort (Andy Lau) par un cancer incurable. Ce dernier, malgré les 72 heures lui restant à vivre, décidait de se lancer dans un grand jeu d’énigmes et d’investigations contre la police hongkongaise.

imageSi l’on retrouve cette construction dans le second opus, le négociateur se voyant confronté à un nouvel ennemi bien décidé à tourmenter les forces de police, l’équilibre entre traque et énigme n’est définitivement plus le même, les deux adversaires ne s’affrontant plus pour les mêmes raisons. De plus, le film joue d’une corde assez rare chez Johnnie TO, s’orientant parfois vers la comédie romantique dans une séquence surprenante de course à bicyclette.

imageL’intrigue se situe quelques années avant la confrontation du premier film, le négociateur, Ho, voyant l’un de ses collègues tourmenté par un suicidaire en haut d’un immeuble. Ce dernier force le policier hagard à jouer à pile ou face, manipulant le jeu pour faire perdre sans cesse l’infortuné lieutenant.

imageSur le point de basculer dans le vide, le policier est sauvé par Ho, qui se voit contraint de mentir pour venir à sa rescousse. Cette première rencontre entre le négociateur et son futur ennemi dresse les codes de tout leur affrontement, basé sur la manipulation et la poursuite immobile.

imageEn effet, approcher le criminel relève de l’effort surhumain pour Ho, celui-ci se tenant au dessus du vide, se révélant capable de lire sur les lèvres et de manipuler l’esprit (hypnotisme ?) de ses victimes proches.

imagePremier affrontement, les deux hommes, pourtant très proches physiquement, ne peuvent pas s’atteindre l’un l’autre.

imageS’enfuyant, leur seconde rencontre prend place dans un taxi, alors que Ho conduit, déguisé en chauffeur, et que le criminel est assis à l’arrière. Tranquilles tous les deux, un pari est lancé : si Ho conduit l’homme jusqu’au croisement du quartier, il se rendra. Une fois encore, les deux hommes procèdent à une course-poursuite intime et intérieure, ni l’un ni l’autre ne bougeant réellement. Parvenant à s’échapper une fois de plus, s’engage dès lors un jeu de piste entre les deux adversaires.

imageVia un certain nombre de manigance, le criminel croise plusieurs fois la route de Ho, jusqu’à leur course-poursuite décisive, grand moment qui prend place dans toute la ville.

imageD’abord confronté à un jeu de miroirs qui renvoie à certains grands moments de l’œuvre de Johnnie To (Mad Detective), le négociateur Ho poursuit dans la ville son ennemi, course qui semble durer toute la journée, les deux hommes se courant après jusqu’à la nuit.

imageCette poursuite semble teintée d’immobilité, tant les deux hommes semblent apprécier cette cavalcade dans les rues. Dès lors que l’un des deux s’arrête, l’autre s’interrompt également, lançant un sourire narquois à son adversaire. Jusqu’à l’apparente disparition du criminel, induisant la fameuse séquence à bicyclette. 

imageVéritable moment de burlesque romantique, inattendu à tous points de vue, la poursuite en bicyclette dynamite réellement les règles du genre policier. Réapparaissant après sa disparition, le criminel enfourche une bicyclette et tourne autour du négociateur.

imageMais, plutôt que de s’enfuir, il désigne à celui-ci un second vélo, et l’encourage à le poursuivre avec. Amusé, Ho monte à son tour et la poursuite commence.

imageDe manière incroyable, les deux hommes parcourent tranquillement une rue qui ne semble jamais devoir finir. En effet, la même rue, les mêmes enseignes réapparaissent sans cesse pendant plusieurs minutes, comme si les deux hommes arpentaient le même endroit encore et encore, faisant des aller-retour pour ne pas devoir le quitter.

imagePlus qu’un affrontement, cette scène est véritablement celle d’un rapprochement.

imageÀ la même hauteur, les deux hommes bataillent gaiement, s’attrapant les bras ou s’ébouriffant les cheveux l’un l’autre.

imageEtrange instant que celui de l’accident, où les deux vélos semblent se désagréger, tomber en pièce, avant de projeter leurs propriétaires à terre, toujours souriants et amusés.

imageSi les glissades sous la pluie semblent rappeler les grands moments de la filmographie de TO (Sparrow), la fuite finale sur un vélo en pièce du criminel achève de donner à la scène un terrible caractère burlesque.

imageUltime rencontre entre les deux hommes, dont la relation trouble n’est plus à souligner, sur le toit de l’immeuble de leur premier entretien.

imageLe criminel parvient à apparaître, ralliant le point de rendez-vous sur un filin, énième métaphore de la facilité avec laquelle il enjambe les forces de police, et à s’emparer de la sacoche d’argent.

imageÀ aucun moment, Ho ne semble réellement désireux d’arrêter son ennemi, tant et si bien que lorsque celui-ci bascule dans le vide, il le rattrape par le bras, figurant l’éternelle scène de sauvetage de toute comédie romantique.

imageS’échappant finalement, le criminel laisse un Ho totalement désarçonné par son étrange rencontre, et qui forgera son caractère en devenir pour le film précédent.

imageBien que puissant et caractéristique de l’œuvre de Johnnie TO, ce film policier se permet des symboliques et des ambiances totalement incongrues et décalées, laissant émerger un discours sous-jacent inhabituel. L’attachement au criminel et son étroit rapport au héros-policier reste fort surprenant et rafraîchissant, alors que, de leur côté, les forces de police sont fortement tournée en ridicule.

Achevant la symbolique amoureuse entre les deux hommes, la figure féminine du film, qui tombe clairement amoureuse de Ho, se voit finalement rejetée par celui-ci lors de leur ultime rencontre, soulignant l’intérêt que porte le négociateur à son adversaire malicieux.

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Under the Skin - Amour Propre

Trouble impression laissée par le film de Jonathan Glazer, mettant en scène une Scarlett Johansson extraterrestre, descendue sur Terre pour séduire et attirer des hommes esseulés dans son repaire chtonien, afin de les liquéfier et absorber leur chair.

imageLes partis pris du réalisateur laissent sans voix des spectateurs confrontés au réalisme de scènes en caméra cachée et à la beauté formelle d’instants de plastique pure. L’actrice, comme égarée dans deux mondes et univers si différents de ses canons habituels incarne cette forme de vie désincarnée d’une bien belle manière.

Il aura été fréquent de lire un peu partout le détachement de la créature vis-à-vis des êtres (humains ou non) qui l’entourent, ne considérant toutes les formes de vies terrestres que comme de potentiels sujets de ravitaillement galactiques. Néanmoins, les très beaux moments d’auto-contemplation et l’achèvement neigeux du film laissent à penser que des sentiments différents émergent de cette coquille vide. En effet, le film retrace réellement le parcours d’un être impassible qui, peu à peu, s’attache profondément au corps qui l’entoure et affronte les terribles déceptions d’une existence humaine impossible.imageEn ouverture, la scène de rencontre entre l’extraterrestre et son enveloppe humaine est totalement désincarnée, la créature dévêtant sa victime avec méticulosité, s’attardant davantage sur la contemplation d’une fourmi, créature minuscule et, d’un point de vue anthropocentré, totalement inintéressante. Ayant revêtu ses atours humains, l’être des étoiles s’en va sur les routes, errant au volant de sa fourgonnette et abordant passants et inconnus.

Les charmant, elle peut ensuite les entraîner au plus profond de son être, les déshabillant à leur tour et les plongeant dans des abysses huileux de noirceur, mélange de sucs digestifs et de liquides matriciels. Réduits à l’état d’enveloppes, les malheureux sont comme digérés. Le parallèle entre les victimes, dont l’intérieur est évidé comme des poissons, et la créature, qui habite sous la chair de la jeune femme, est évident, tant d’un point de vue narratif que symbolique. La femme, enveloppe propice à contenir la vie peut recueillir l’alien en son sein, quand l’homme ne peut rien faire d’autre que se voir dépouillé de ses organes internes. imageLe processus pourrait durer éternellement, exposant le désintérêt affirmé du monstre pour ses victimes humaines, telle cette famille dévorée par les vagues, dont l’enfant nouveau né reste abandonné par les extraterrestres sur la plage, sans regard ni considération. Néanmoins, la dynamique s’infléchit peu à peu, confrontant la femme habitée à des rencontres inattendues. Le véritable tournant apparaît lors de la rencontre avec l’homme difforme.

Dès cet instant, l’extraterrestre découvre chez cet être différent une nouvelle forme de beauté, et une possibilité de rapprochement. Comme elle, il est prisonnier d’une enveloppe dissimulant son être réel sous des couches de chair informe. Alors que sa propre coquille est belle, agréable au regard et au toucher, il n’est que laideur et difformité, tout en souffrant du même sentiment d’enfermement qu’elle. À l’issue de la rencontre, elle le libère, lui promettant une fin terrible entre les mains des motards mystérieux, errant à la suite de la créature dans ses pérégrinations.

imageDès lors, le film devient une fuite en avant pour la jeune femme vide, quittant la ville pour se réfugier dans la campagne des Highlands, bien plus déserts et brumeux. Ses rencontres ne se concluent plus sur l’absorbtion de victimes, mais bien par des rapprochements avec ces être humains si éloignés d’elle. Peu à peu, la contemplation de son envelloppe se mue en envie déraisonnée, envie d’exister dans ce monde et de connaître les plaisirs charnels réservés à l’homme. imageLa scène de contemplation dans la glace est en cela fondamentale, l’alien prenant le temps de découvrir ce corps qu’il habite pour la première fois. Un véritable choc narcissique se joue ici, la créature comprenant, à sa manière, la beauté de sa coquille, et ne pouvant plus en détourner les yeux. C’est par l’amour qu’il se voue désormais à lui-même que cet être de l’espace éprouve ses premières sensations humaines. La scène de sexe avortée avec l’hôte de la maison de campagne cristallise cette volonté extraterrestre de convertir son désir pour ce corps féminin en véritables émotions. L’échec, purement corporel, de l’aboutissement sexuel révèle l’impossibilité, pour la créature qui désormais s’aime plus que tout autre être, de partager son statut, son existence, avec un être humain réel.imageQuittant définitivement la présence de l’humanité, la femme court dans la forêt où elle trouve temporairement refuge, au sein du vide et de l’immobilité. Pourtant, la beauté de son enveloppe lui revient alors en écho, la confrontant à une scène de viol que l’on sait désormais impossible à concrétiser. Découvrant la véritable nature de la jeune femme, son agresseur prend la fuite, la laissant brisée et ouverte, comme si l’agression sexuelle avait réellement eu lieu. Contemplant lui-même son corps détruit, l’alien ne peut désormais plus détourner les yeux de ce visage. Le portant autrefois, il ne fait que répondre à ce regard implorant, vide et sans âme, le visage grisâtre de la créature empli de chagrin.Cette scène reste une véritable métaphore de l’instant où Narcisse, découvrant son visage dans le reflet d’un ruisseau, ne peut plus en détourner le regard. Telle la nymphe jalouse d’un tel amour-propre, l’agresseur revient et met fin à l’existence terrestre de la créature, l’immolant dans la neige, avant que ses cendres ne se mêlent aux flocons de neige.

Véritable découverte de soi et surgissement d’un amour impossible entre un être et son reflet, Under the skin propose une relecture fantastique, tant dans sa forme que dans son essence, du mythe narcissique fondamental.image

Adieu au Langage - Dimension Ultime

Il y aurait beaucoup, voire trop, à dire sur la dernière oeuvre de Jean-Luc GODARDAdieu au Langage, pour tout faire rentrer dans ces colonnes. Néanmoins, avant de s’attarder plus en détail sur le film dans un article ultérieur, couchons sur la toile l’impression fulgurante qu’un seul plan aura suffi à générer.

imageLe film, foisonnant et déstructuré (en apparence), est conçu en 3D, un choix fondamental. GODARD a pu se frotter à l’exercice quelques mois plus tôt avec Les Trois Désastres, segment du film à sketch 3X3D, en collaboration avec Peter GREENAWAY et Edgar PERA. Déjà, la vision du procédé était désenchantée, confortant son auteur dans l’idée d’un art, le cinéma, qui n’aurait jamais su s’élever au rang auquel il aspirait, se contentant de frôler sa magnificence. La 3D, procédé inabouti et inexploité, n’aura pas pu le sauver en fin de compte.

Même constat de désolation dans Adieu au Langage où la 3D, vecteur réel d’expression, se voit confrontée à la barrière d’une image parfois tremblante, peu définie ou trop retouchée. De vrais volontés, bien sûr, de la part de GODARD, pour mettre en exergue l’inintérêt d’un supplément de langage, lorsqu’il est mal employé. La démarche est la même que celle employée par le cinéaste depuis des lustres à propos du son ou du montage. Leur mélange constant, sorte de chaos organisé perpétuel, n’avait déjà de cesse de démontrer l’inconsistance d’un langage lorsqu’employé à mauvais escient…

Qu’importe au final, pour GODARD, que la 3D soit si mal employée ailleurs et le conforte dans son désespoir de voir un jour le cinéma tenir la place qui lui est due, au vu d’un seul et unique plan, terriblement porteur d’espoir. 

imageDeux mains, celles d’une femme, sont frottées et nettoyées dans une fontaine publique. L’eau a l’air froide, c’est l’automne, quelques feuilles mortes flottent en suspension, à des niveaux différents de la surface aqueuse. Un trouble surgit. La 3D, pour la toute première fois, prends corps. Ces feuilles, cette eau cristalline, ces mains qui y pénètrent et en sortent. Tout semble exister sur différents niveaux de réalité, d’image, comme autant de plans à traverser pour accéder à une universalité de l’image. Enfin, l’image cinématographique prends corps dans une toute autre réalité. La nôtre, celle où les choses, les êtres, existent sur différentes strates et niveaux de compréhension.

imageLa pureté de ce plan, son calme (nulle explosion en trois dimensions) et son appel à une image cinématographique existant réellement, suffisent à propulser le film de GODARD à des années lumières devant tous les autres, qui pataugent encore à comprendre l’outil. Le cinéaste semble avoir déjà poussé à bout le procédé, pour se tourner désormais vers de nouveaux horizons, de nouveaux langages…

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Contre-Plongées à 2 ans et cumule désormais 115 abonnés !

Merci à tous ! 

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Voici une petite liste de l’intégralité des analyses disponibles sur le site :

Adieu au Langage de Jean-Luc GODARD

Amour de Michael HANEKE

Après Mai d’Olivier ASSAYAS

Argo de Ben AFFLECK

Ashes d’Apichatpong WEERASETHAKUL

Avengers de Joss WHEDON

A Touch of Sin de JIA Zang-Ke

Blanche-Neige et le Chasseur de Rupert SANDERS

Camille Claudel 1915 de Bruno DUMONT

Cloud Atlas des WACHOWSKI

Doppelganger de Kiyoshi KUROSAWA

Effets Secondaires de Steven SODERBERGH

Les Enfants Loups, Ame & Yuki de Mamoru HOSODA

Faust d’Alexandre SOKOUROV

The Grand Budapest Hotel de Wes ANDERSON

The Grandmaster de WONG Kar-Waï

Gravity de Alfonso CUARON

The Great Gatsby de Baz LUHRMANN

Happy Together de WONG Kar-Waï

Hollow Man de Paul VERHOEVEN

Hunger Games de Gary ROSS

Iron Man 3 de Shane BLACK

James Bond 007 Skyfall de Sam MENDES

Loving You de Johnnie TO

Maniac de Franck KHALFOUN

Martha Marcy May Marlene de Sean DURKIN

Le Passé de Asghar FARHADI

The Raid de Gareth EVANS

Running out of Time 2 de Johnnie TO

Star Trek Into Darkness de J.J. ABRAMS

Stoker de PARK Chan-Wook

Suspiria de Dario ARGENTO

Twixt de Francis Ford COPPOLA

Tyrannosaur de Paddy CONSIDINE

The We and the I de Michel GONDRY

Under the Skin de Jonathan GLAZER

Wrong de Quentin DUPIEUX

[•REC] 3 : Genesis de Paco PLAZA

Soit 38 analyses venues de tous les pays ! Johnnie TO devient favori avec 3 analyses et de nombreux posts à son sujet ! 

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